"L'apparence n'est rien, c'est au fond du coeur qu'est la plaie" Euripide

lundi 7 janvier 2013

Quitte moi



Mon dernier joint, le seul. Fumé dans la voiture en faisant un petit tour. Je ne te cherchais pas, j'ai abandonné. J'ai compris. Tu ne reviendras pas. Tu as changé d'adresse, effacé toutes les traces de nous. Quand je t'appelle c'est sur ta secrétaire que je tombe. Il n'y a jamais de rendez-vous de libre. Je voulais juste te parler, pouvoir m'ouvrir à toi et déverser mon flot de paroles sur ton bureau bien rangé. Je ne suis plus une patiente prioritaire. On m'a dit que c'est parce que je n'étais plus vraiment malade. J'ai repris du poids, j'ai un meilleur teint et je dors la nuit, c'est vrai. Mais ce n'est pas à cause de ça que tu ne veux plus me soigner. C'est pas parce que je vais mieux que tout ce qui me reste c'est ta signature sur mes anciennes ordonnances. C'était toi que je voulais, ton regard désapprobateur sur mes plaies, nos discussions sans fin sur la maladie et le reste, et pas juste tes instructions au bout d'un répondeur. Mais ça tu t'en fous hein? C'est pas important?  Mes larmes TU T'EN FOUS HEIN? Espèce d'égoïste, d'arrogant, de sale type. Quand on est médecin, de quoi on a besoin de toute manière ? Pas d'une folle maniaco-dépressive sans doute... Une tarée de plus, une tarée de moins... Tu les guériras toutes, sauf moi. Tu ne te tourmenteras plus. Je n'ai même plus droit de passage à la salle d'attente, j'en suis exclue comme si j'avais la pire des maladies. Alors je te laisse, avec ton uniforme blanc, tes livres compliqués et ton emploi du temps frénétique. On se retrouvera aux urgences, le temps de quelques cachets...

A toi. A ta poésie, ta littérature, à tes ratures sur ta feuille, à tes livres aux pages cornées,  ton stylo plume bousillé, à force de trop écrire. A ton sourire innocent et lumineux, tes lèvres douces et aimantes, à tes mains qui ne me retenaient pas assez fort.
J'irai demain au cimetière déposer sur ta pierre des fleurs à ton souvenir. 

C'est les autres qui parlent, mais c'est ta voix que j’entends...



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