"L'apparence n'est rien, c'est au fond du coeur qu'est la plaie" Euripide
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mercredi 4 novembre 2015

Des adultes enfantins



Je suis une vingtaine, une centaine, des milliers d'enfants, je suis des filles et des garçons, des petits et des grands, je suis leurs rires et leurs chagrins, leurs embrouilles pour des broutilles, leurs vêtements sales, leurs jouets et leurs vieux doudous . Je suis le repas difficile à avaler, je suis la gorge nouée car la maison manque, la tristesse d'être loin de ceux qu'on aime souvent, tout le temps, je suis la joie d'en aimer d'autres, extrèmement fort, je suis la blague nulle qui fait sourire, je suis les bras qui réconfortent, même si ce ne sont pas ceux souhaités, je suis les promesses du soir. Je suis les jeux toute la journée, je suis le soleil qui mange la peau, la pluie qui complique tout, le froid qui pose problème, je suis la boue et le sable, les cailloux et l'herbe, je suis celui qui grimpe aux arbres, qui se roule par terre, qui ris à perdre haleine. Je suis les grosses colères et les coeurs gros, je suis le vague à l'âme et les valises sous les yeux, la fatigue mordante, la bêtise de certains, l'intelligence des autres, je suis la méchanceté gratuite à effacer, je suis l'expression d'une douleur sourde, je suis les apparences. Je suis la possibilité de dépasser le négatif, je suis les calins collectifs, les fous rires, les folies, la folie pure, je suis les amitiés puissantes, inoubliables, je suis les rencontres électriques, je suis unique et tellement multiple, je suis un bout du futur. Je suis des adultes enfantins, des âmes pleines d'espoir d'un bon demain, je suis la pédagogie, la patience, je suis une certaine idée de la sagesse, je suis la justice et l'équité, je suis des valeurs inébranlables. Je suis la remise en question perpétuelle, les couchers tardifs et les réunions houleuses, je suis les prises de tête, la lassitude, je suis le chemin tortueux vers la paix, je suis les progrès incontestables. Je suis la liberté immense, je suis le bonheur véritable, je suis un amour infini.  


samedi 18 janvier 2014

Kilomètres



C'est un départ comme les autres. Il faut penser à tout un tas de trucs, prendre des sacs à vomis pour dans le car, vérifier les étiquettes sur les sacs à dos des enfants, regarder sous leurs lits et dans leurs armoires qu'ils n'aient rien laissé traîner, s'asseoir sur sa propre valise pour la boucler, sortir les draps dans le couloir et plier les couvertures, emmener des bouteilles d'eau et le goûter à prendre dans le train, dire "au revoir merci c'était sympa" au personnel qui était plus ou moins sympa, monter dans le car et essayer de s'endormir au plus vite pour ne pas penser à là ou on va se réveiller. Seulement cette fois la valise était un peu plus lourde que d'habitude, le trajet m'a paru un peu plus long et pénible que d'habitude et j'avais un peu plus de poussières dans les yeux en disant adieu aux enfants, des poussières qui coulent et qui strient les joues comme tous ces souvenirs dont on fait déjà partie pour eux. C'était une arrivée comme les autres, on descend du train dans une cohue pas possible, on recompte les gamins mille fois, on arrive à l'école, il fait déjà nuit et une foule de parents nous attendent prèts à happer leur progéniture, ceux qui nous disent merci comme si on avait sauvé le monde et ceux qui ne nous regardent même pas, ceux qui arrivent en retard et n'embrassent pas leurs enfants, ceux qui râlent... Mais tous ils partent bien vite, emmenant loin de nous leurs gosses sans compter nous les rendre un jour. On le sait pourtant à force que une fois que les enfants ont aperçus leur famille on ne fait plus partie que du passé, un passé très heureux, mais déjà fini et clôturé. Et puis tout ce qu'on a fait avant, les rires, les jeux, les cris, les longues marches, les histoires avant de s'endormir, en marge de l'atmosphère étouffante dans laquelle ils grandissent, tout ça se retrouve relégué au rang de photo sur un CD souvenir qu'on nous enverra par la poste, peut être, si ils y pensent. On le sait déjà avant tout ça, on est prévenu, c'est écrit sur le contrat. On a pas le droit d'être déçus, après tout, c'est des gamins.
Puis il y a les autres aussi, les adultes. Ceux avec qui tu te moque des enfants quand ils sont couchés, rigolant bien fort, sans pouvoir s'en empêcher, ceux qui t'apprennent pleins de choses de fil en aiguille, qui te prennent sous leurs ailes et te guident pour t'aider à avancer plus loin, plus longtemps, ceux qui te serrent dans tes bras quand tu te sens seul parmi tous ces gosses. Dans le monde des grands j'ai jamais trouvé beaucoup de gens qui en vaillent la peine, mais il y a ceux là qui t'aiment sans contrepartie, entier, vivant, avec qui tu regardes les étoiles la nuit sur les balcons de toute la France, et avec qui tu voudrais vivre encore et toujours sans jamais que ça s'arrête parce que l'équilibre est fragile mais parfait. Ces personnes avec qui tu vis peu de temps mais tellement plus fort qu'avec tous les gens que tu as pu connaitre avant. A qui tu ouvres ton âme sans même y prendre garde, ceux qui t'aident à grandir. Et comme les enfants, il faut s'en séparer, car nos routes diffèrent. En acceptant ça tu as parfois l'impression de t'enfoncer des bouts de verre dans le coeur. Des kilomètres de rires qui s'évanouissent dans le fracas de rapides adieux amers.
C'est un départ qui brise un peu, qui fracasse. Les sentiments qui se tordent soudain et puis des larmes pas attendues, pas prévues au programme mais qui sont là quand même. Alors on leur fait une place. On essaie d'accueillir la tristesse correctement puisque de toute manière elle est là. On sait que ça ira mieux, dans quelques jours, quelques semaines. Que d'autres enfants viendront remplacer ceux du précédent groupe puis que petit à petit leur prénoms s'effaceront pour laisser place à de nouveaux. D'autres lieux s'imposeront à nous, d'autres montagnes, d'autres vallées, d'autres centres, toujours entre deux escales à Paris, ou l'on rencontrera d'autres collègues, d'autres adultes... Clope au bec au sommet d'une montagne, se raconter des histoires avec un de mes formidables amis à durée éphémère. J'aime la vie, c'est elle qui m'a amené ici, qui me permet de mettre de côté la crasse de nos existences baclées et défaites. Nous sommes des soldats et j'ai envie de t'aider, envie de t'aimer comme tu le mérites. 


mardi 7 mai 2013

Un monde à part




J'ai fui. J'ai fui les nuits obscures et la tristesse, j'ai pris mes cliques et les claques que je n'aurais pas du prendre et je me suis cassée sans demander mon reste. Je suis partie loin de la frénésie, loin de Paris qui rend fou, qui assourdit et qui chavire, délire et empire sans fin, loin des mauvaises natures, des vicieux, des demeurés, des fous. J'ai tout quitté, sans dire au revoir à personne, sans rien chercher de particulier. J'ai pris mon courage à deux mains, je n'en avais que deux, ainsi que la fuite en avant vers un avenir meilleur. Imaginez vous un endroit sans hypocrisie ou l'on vit au rythme des enfants et des animaux. Un lieu ou le jour se lève heureux et continue ainsi. A part le soleil, il n'y a rien au dessus de nos têtes, et on s'aime et, on vit, bon Dieu on se sent VIVANTS. Les nuits à la belle étoile, les galopades dans les prés, l'amour et l'espoir qui découlent de partout, les barbecue entre copains, et la fin de la haine, du mauvais sang, des souvenirs tristes, de la misère, du règne impitoyable de la drogue et de l'alcool, parce qu'on a plus besoin de tout ça quand on est heureux. On est de grands enfants, on se satisfait de peu. Mais c'est déjà tellement quand on se rend compte que la seule vraie différence entre nous et les mômes c'est que eux n'ont pas le droit de se lever dans le car.
C'est déjà une révolution d'avoir trouvé la paix quand on y croyait plus. J'ai compris qu'on ne changerait pas le monde en détruisant le leur, pourri jusqu'à la racine, mais en construisant le notre, en marge du reste. Plus rien ne peut m'atteindre. Je suis libre comme l'air. Je vous encourage à trouver votre voie et à la suivre, peu importe les embardées que cela implique. Travailleurs à bas salaires mais au grand coeur, car ça n'a pas de prix d'être aussi heureux. Noé ne me suis plus sur ma route mais je sais qu'il y aurait été bien, aujourd'hui Léon fait également son petit bout de chemin en tant que compagnon d'aventure. Je ne m'excuserai pas d'être partie comme une connasse car je sais que les gens qui m'aiment me comprennent. Il y en a peu cependant. Je ne donnerai pas de nouvelles, je n'appellerai pas. J'ai laissé le malheur très loin, et je vous invite à venir voir à quoi ca ressemble de l'autre coté de la barrière, je vous propose de gouter à la liberté. Sainte liberté.





lundi 18 mars 2013

Il n'y a pas d'age pour les courageux




C'était le soir de mon dernier jour de colo, la dernière nuit ou je couchais les filles avant le retour à Paris, loin des nuits étoilées, des après-midi sur les pistes et des gouters dégueu fournis par le centre. L'une d'elle m'avait demandé un peu plus tôt : "Est ce que vous les animateurs vous êtes tristes quand vous partez de colo et vous quittez les enfants ?". Je lui ai répondu en rigolant ce que je répond a chaque fois : "Bien sur que non, on a hate de ne plus vous voir !". Mais ce n'était pas tout et je les aimais bien ces mômes, gamines trop maquillées le soir de la Boom, sapées comme des grandes mais pas capables de se souvenir de mettre une culotte sous leur combi si je ne le rappelle pas ou de se laver les dents après manger des bonbons et non pas avant. Je me suis assise sur une chaise au milieu de leur chambre, leur huit petites têtes dépassaient de leurs lits superposés, et je leur ai parlé un certain temps, comme si elles m'écoutaient et me comprenaient, en parlant assez fort pour celles du fond mais assez doucement pour qu'elles s'apaisent au son de ma voix...
-Demain c'est la fin de la colo. On va rentrer chez nous à Paris, vous aller retourner à l'école, nous on va retourner au travail ou en cours. Ca ne va pas être facile pour nous non plus. On aimerai bien rester encore un peu. On fait beaucoup de colos par ans, c'est même le métier de certains. Chaque enfant nous apporte à sa manière quelque chose de différent et de particulier qu'il nous ai fait chier ou non. Chaque enfant est un mystère pour l'adulte qui souhaite s'ouvrir à lui. On aimerai pouvoir se souvenir de chaque enfant et de ce qu'il nous a appris mais il y en a trop. La mémoire, c'est un vrai problème, on n'arrive pas à se rappeler de tout ce qu'on voudrait alors que parfois on ne parvient jamais à oublier ce qu'on aimerait effacer. Vous êtes encore jeunes et vous êtes des filles futées. J'ai aimé passer cette semaine avec vous. J'espère que tout tournera bien dans vos petites têtes et que vous arriverez à comprendre que quelque chose ne va pas dans ce monde et qu'il nous faut à tout pris le changer. Les gens aimeraient bien que l'on marche droit mais il est important de rester intègre par rapport à ce qu'on pense et ce que l'on respecte. Je sais que certaines se souviendront encore de moi dans longtemps car vous vous avez encore de la mémoire et les idées larges, et j'espère vous laisser un bon souvenir et quelque chose qui vous encouragera à continuer quoi qu'il arrive. Il n'y a pas d'age pour les courageux. Ne grandissez pas trop vite, vous n'en avez pas besoin.
Le soir même, j'ai roulé en boule mes affaires dans ma valise, j'ai préparé mon arrivée à la maison et je me suis mis une cuite au rhum. On ne choisit pas toujours les moyens les plus simples d'en arriver là ou on veut.


jeudi 14 mars 2013

Jusqu'ici tout va bien



On part tous les deux, toi en prison moi en classes de découverte. On s'échappe de force dans un autre monde qui ne nous correspond pas tout à fait. Mais on ne nous laisse pas le choix, la loi, la vie c'est comme ça. J'en ai eu les larmes aux yeux. Tu es hors la loi ou jeune c'est à peu près la même chose. Si en me faisant faire mes colos on me laisse emmener mon rat et fumer un joint en haut de la montagne le jour de mon congé. On tente d'oublier qui on est. Il n'y a plus une once de rêve dans tout ce qu'on fait, quand on se lève pour défendre son directeur ou quand on se bouge le matin avant l'heure du réveil pour vomir de la  bile. On essaie d'insufler le droit chemin à des mômes mais nous même on en est pas tellement surs. Changer de vie, nous donner une nouvelle impulsion, partir ailleurs voir si l'herbe y est plus verte ou le ciel plus bleu. Si on nous accueille moi et Noé, petits travailleurs à bas salaires et au grand coeur. Eleves de l'éducation populaire qui n'est pas à vendre. Grandir est un choix, on a décidé de tracer notre route main dans la main avec des mômes. Dans les rêves que l'on embrasse lorsque nous sommes au bord du suicide. Peut être que la mort fait moins peur si l'on ferme les yeux très fort au moment du crash. Jusqu'ici tout va bien.


mardi 22 janvier 2013

La prosodie



D'une manière générale, la prosodie est l'inflexion, le ton, la tonalité, l'intonation, l'accent, la modulation que nous donnons à notre langage oral en fonction de nos émotions et de l'impact que nous désirons avoir sur nos interlocuteurs. Source : Wikipedia

Ou la supposition que le nourrisson comprendrait dés ses premiers jours ce que lui dit sa mère. Dans un monde ou on pourrait communiquer sans mots, juste avec l'intonation de nos voix. Des choses à méditer...  Des bébés, démunis, qui ne peuvent rien faire sans une main aimante. Qui ne savent ni parler, ni marcher pour la plupart, des petits êtres primitifs sans notion concrète de justice, de liberté et encore moins d'utopie ou de promesses... Avoir avec eux, une autre forme de communication qui n'appartiendrait qu'à nous, un langage unique entre tous. Une hypocrisie certaines réside dans ces propos mais également une soif d'espoir pour ces parents qui se raccrochent à la vie de leur enfant pour sauver la leur. Une confiance en ses enfants au delà de tout. Quelque chose de plutôt important.



mardi 30 octobre 2012

Grimper aux arbres




C'est iréel. Il s'est écoulé à peine une fraction de secondes entre le moment ou tout allait bien et le moment ou j'ai fondu en larmes. Mais entre les deux c'était déjà trop tard. Le mal revient à la vitesse d'un cheval au galop alors que c'est tellement long d'aller bien. Ca tient à si peu de choses. Une phrase mal dite, une hésitation, un mot de travers, un ressenti.
Mais moi faut que j 'aille me coucher demain j'vais pas sauver le monde mais presque. J'ai 27 mômes, 3 stagiaires et mon patron sur les bras, enfin, à porter à bout de bras. Parce qu'ils vont mals. Et on va tous mal, et on ira tous mal toute notre foutue vie. J'avais dit que je me coucherai à 22h et comme toutes les nuits il est déjà 23h30 et je pianote, je pianote sur mon clavier. Foutue une heure et demie de trop. Je vais plus du tout dormir maintenant alors que dans d'autres bras un peu plus tôt je tombais de sommeil. A force de toujours vouloir des réponses, de toujours vouloir comprendre, et de toujours vouloir vouloir, toujours vouloir toujours plus... Alors que merde je ne veut rien obtenir, je ne veut rien AVOIR, je veux ETRE. Etre libre, sereine, heureuse, et tous ces mots que je n'ose plus utiliser dans des conversations par souci du ridicule.
Demain je vais arriver à HEC. Déambuler parmi quelques étudiants trop fauchés pour quitter le campus pendant ces maigres vacances de Toussaint. Sortir les clés de la poche de mon cuir, ouvrir les portes du centre aéré. Allumer mon ordi, mettre Keny Arkana à fond, lacher Noé dans la salle des maternelles, me rouler une clope et aller me chercher un thé à la cafet, sous le regard amusé du personnel d'entretien. A HEC c'est peut-être eux qui bossent le plus je me dis parfois. Pourtant c'est les seuls à remarquer les gamins.
Voir arriver les premiers enfants largués en vitesse par des parents débordés et nerveux, les yeux encore embués de sommeil. Se demander pourquoi on fait des gosses si c'est pour les laisser grandir à l'école et au centre aéré et se rendre à leur majorité qu'on a loupé une étape de construction. J'sais pas. On a peut-être l'impression de se racheter une vie après avoir passé la sienne à la gagner. Après il y a les cathos anti-avortement mais ça c'est une autre histoire. Entendre mon patron : "ça va, la plus belle?". Les stagiaires, les autres mômes, les parents en retard, les comptines, les pipi-lavage-de-main-on-prend-les-doudous-on-se-met-au-lit-les-monstres, remarquer que j'ai pris le réflexe de leur interdire de monter aux arbres pour une question juridiquement parlante alors que j'aimais tellement prendre de la hauteur à leur age. Maintenant j'ai le vertige, il est trop tard pour grimper aux arbres.