"L'apparence n'est rien, c'est au fond du coeur qu'est la plaie" Euripide
dimanche 17 novembre 2013
Légitime défonce
Cette fois ci c'est la dernière fois. La dernière fois que je perds mon temps sur le balcon en pleine nuit, dans le froid polaire de l'hiver qui s'installe, la dernière fois que je me noircis les idées et les poumons dans le craquement d'une allumette, que je rentre la pupille dilatée et le blanc de l’œil strié de zébrures écarlates, la dernière fois que je sentirai la nausée affluer en moi dans les relents de tabac froid ainsi que la brume paisible qui lui est liée. Le dernier joint. Après trois ans d'amour je me sépare de mon plus grand compagnon de route, cette herbe qui m'a tant apaisée lors de mes soirées solitaires, permis de faire tant de rencontre et de nouer de si solides amitiés, autorisé à m'endormir pendant les longues nuits d'insomnies. Pendant longtemps la vie a été si triste qu'avoir les dents un peu plus jaunes ou la gorge un peu plus enrouée était le moindre de mes soucis. Ce qui est bien avec la drogue, c'est qu'elle te permet d'oublier tes problèmes car elle devient ton seul problème. Tout le reste parait dérisoire par rapport au fait de pouvoir se procurer assez de produit pour se défoncer. Elle éclipse tout le reste avec une aisance déconcertante. Elle est remède à tous les maux : angoisse, ennui, tristesse, peur, chagrin. Elle ouvre des horizons de pensée au gout infini insoupçonnable pour les sages abstinents, et emmène de l'autre côté de la terre seulement en fermant les paupières. Elle entraîne un état absolu et singulier ou toutes les forces en l'être s'équilibrent et libèrent l'imagination dans une espèce de hantise intermittente. Elle ouvre l'âme dans toute sa magnificence et sa cruauté, mais trop souvent la laisse livrée à elle même, à vif. Le piège est là. Alors même qu'on se prépare à tracer son chemin on se trompe déjà de route. Malgré la prétendue acuité de pensée et cette volupté qu'elle nous offre, la drogue nous fait petit à petit perdre l'espérance d'une vie meilleure qu'elle avait elle même créée. On se lasse de tout car tout devient trop dur. On a de plus en plus de difficultés à atteindre les paradis artificiels, les doses de produits se font de plus en plus conséquentes et de plus en plus chères. On s'isole dans une ascèse enfumée en regardant sa santé patiemment se détériorer, oubliant rendez vous, anniversaires, cours, entretiens, hygiène, famille, société. On appelle moins ses amis, on en a de nouveaux : la paranoïa qui nourrit généreusement des angoisses très vives, la faim qui peut se réveiller à toute heure du jour ou de la nuit associe à de grands maux de ventres, et autres nausées, des stylos, et une feuille trop souvent blanche. Car quand bien même elle stimule l'esprit, elle ôte quasiment toute possibilité de créer. On dit que tout fumeur passe une étape quand il fume son premier joint en solitaire, mais qu'en est-il de celui qui crame dix pétards par jour depuis plusieurs années ? A ce stade là, le crane commence à abriter des zones vides. Des souvenirs s'effacent et demeurent introuvables. On a le sentiment de vivre dans son propre monde créé de toute pièces, de ne pas appartenir à la société. Il devient difficile de garder le fil de ses pensées dans des situations complexes, on commence à parler aux autres et plus avec eux. On dépense des milliers d'euros par an pour une béquille instable. Je ne peut plus vivre à ce rythme, donner autant à quelque chose qui me détruit petit à petit. Tant d'autres me l'ont dit avant, tant d'autres en sont revenus et en sont fiers. Je suis tombée bas, je dois désormais me donner le moyen de remonter. Alors ça commence demain et ça s'annonce pas facile de se confronter à la réalité à nouveau. Mais on a déjà surmonté tellement de choses, on arrive de tellement loin et on a tellement de courage, avec juste un peu de réconfort, tout est possible.
Et j'ai fumé ce joint dans le froid sur le balcon en pleine nuit, comme d'habitude. Mais avant de le jeter dans le vide, je lui ai dit "toi, tu es mon dernier joint." Je sais que ça ne l'est surement pas. Mais le dernier avant longtemps.
vendredi 8 novembre 2013
Prémices
| Vue du quai Saint Pierre, Toulouse |
Dans l'hiver qui s'installe
Les âmes ondulent et se sourient
Une main glisse sur une joue
Silencieuse et patiente.
Les autres semblent juchés sur des perchoirs inatteignables.
Nous on est deux aux prémices d'un tout nouveau bonheur
Alors qu'on foirait tout ou presque
Outrageusement heureux.
Des kilomètres avalés pour te retrouver
Mais si un jour je me perds,
M'attendras tu ?
dimanche 3 novembre 2013
Splendide cruauté
On emmerde la décence, dans la splendide cruauté de notre jeunesse. Nos rires leur percent les tympans, ça leur retourne l'estomac quand nous c'est seulement l'alcool qui s'y agite pour parfois en ressortir dans un sursaut d'inquiétude fébrile. Forcément c'est plus simple quand on se fout de tout, quand plus rien n'a de prise sur nous, quand toute la vie n'est qu'une grande fuite vers l'avant au travers de vastes montagnes. J'espère en parcourir le plus possible avant de te revoir pour pouvoir te raconter tout ce que j'ai vu et comme c'était beau, s'évader dans la nuit tragique. On ne cherche plus les réponses car on a compris que les questions changeaient en permanence, les chimères deviennent parfois réelles, et nos reflets paraissent sereins face aux nuages qui nous menacent. Et si un jour la pluie vient ternir nos cieux c'est qu'il sera temps de prendre les valises à nouveau, d'aller voir jusqu’où la liberté peut nous mener. Mais on a pas peur des orages.
"Aimer ce n'est pas renoncer à sa liberté, c'est au contraire lui donner un sens. Il n'est aucun véritable amour qui ait empêché quelqu'un de suivre ses rêves, dit le maitre. Seules les grandeurs des passions peuvent détourner le coeur qui poursuit son but, l'amour quant à lui sera lumière au loin dans l'obscurité permettant de garder espoir jusqu'au lever d'un nouveau jour. Il sera un Eden dans la sécheresse des chemins arrides, refuge les hivers froids et avides de dureté. Une escorte qui protège et réconforte, et non un maitre exigeant, égoïste ou possessif. Un amour qui ne peut naitre que dans la solitude absolue de l'ame mise à nue et qui s'impose comme une évidence dans un esprit clair et sans amertume. Un amour qui ne connait pas le deuil et pour lequel il n'est pas nécessaire de faire des concessions puisqu'il va de soi. Il est le geste de courage qui nous permet de découvrir toute l'étendue de notre liberté."
vendredi 1 novembre 2013
Amnésia
Seul,
quand les formes et les couleurs se mélangent,
dans l'hallucination que t'offre la fumée
dansant devant tes yeux plissés
tu frémis dans ta quête d'une dernière étincelle
et ton corps s’enivre.
Tu tentes de prendre ton envol,
Au travers des bruits diffus, des cris, des rires,
Des élucubrations d'un monde confus.
Oublier les lésions, neutraliser l'alarme,
trouver l'inspiration si bien camouflée,
resplendir au sein d'une grande douleur,
tant de raisons de céder au soupir en suspens
auquel tu finis par succomber.
Tous les soirs.
Depuis si longtemps.
vendredi 25 octobre 2013
Les visages ont changés mais c'est toujours nous dans le cadre.
Je leur parlerai d'un garçon, pourrai-je dire un homme, qui a marqué mon adolescence au fer rouge, que j'ai rencontré au lycée et n'ai jamais quitté, celui qui m'a vu grandir et qui me verra très probablement vieillir, à celui qui sait tout de moi, même si il oublie, celui qui sait tout lire dans le moindre de mes regards, qui comprend tout en un mot. Celui avec qui j'ai dormi, avec qui j'ai partagé les vacances à Versailles, des coups de fil les soirs ou ca n'allait pas, les devoirs de philo, fous rires, larmes, feu d'artifices du 14 juillet et autres fêtes de la musique. Celui qui menaçait de pendre par les couilles les garçons qui me faisaient du mal mais qui m'insulte à longueur de journées pour des torts fabulés dans son esprit tordu. Celui qui a marqué tous les bancs de Versailles, tous les parcs de souvenirs indélébiles. Celui que je considère comme mon frère, même si aujourd'hui je vis loin de lui, toujours à vagabonder tandis que lui joue sur son piano inlassablement. Celui qui a trouvé sa voie et n'a pas écouté les moqueries, les doutes, les réprimandes, qui a persévéré, n'a pas cédé, qui savait ce qu'il voulait et n'a rien fait à moitié, et que j'admire tant. Le plus fou, le plus gentil, le plus marrant de mes amis, un personnage formidable, un être entier, attendrissant. Oui je leur parlerai de lui. Je leur raconterai nos escapades nocturnes à faire mille et une conneries, nos jeux avec Noé, nos plans sur la comète, nos soirées au bois Saint Martin, nos grandes espérances. Je leur dirai comme je l'aime et comme il me manque parfois.
21 une photos comme ses 21 unes années, de notre première à notre dernière, 21 moments parmi tant d'autres que j'ai eu beaucoup de mal à choisir, et beaucoup d'amour, de rires et de dingueries. Les visages ont changés, mais c'est toujours nous dans le cadre. A lui, à ses 21 ans, à son piano, à mon meilleur ami.
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| Notre première photo. |
dimanche 20 octobre 2013
Petits matins
| évasion |
"Vous voulez vous foutre sur la gueule ? Allez y foutez vous sur la gueule. C'est bon, vous êtes calmés ? Comment ça y en a un qui a mal ? Vous sentez le gout du sang là ?"
10 octobre, il neige. Je flanche.
Tous ces petits matins dont je n'arrive pas à cerner la magnificence, ou je n'ai personne pour me tenir la main, à peine quelques âmes égarées qui traversent ma solitude silencieusement. En cavale, ni belle, ni tragique, j'erre à la recherche de quoi passer le temps, car on s'en fout de tout quand on attends. Patiemment je vois les jours passer, le soleil se lève imperturbablement pour aller se recoucher au même endroit tandis que ses enfants se déchirent. J'ai l'impression de vivre dans un grand cirque. Entourée de singes savants qui connaissent bien leurs leçons, je passe pour le clown, triste parfois. Je voudrai juste te retrouver, c'est tout ce que j'attends, et que tu me mordes les doigts encore. Belle nuit qui vient, sans vie, belle nuit pour les insomniaques. Pour toi, de l'autre côté du pays, derrière mille montagnes et mille vallées et tout ce qui nous sépare dans le creux d'un oubli réconfortant qui permet de vivre malgré le fracas de tout ce qu'on a perdu qui se brise comme du verre sur le carrelage, quand je lancais encore des objets même s'ils m'ont au moins évité les contendants. J'ai un passé poids lourd, alors que j'aurais voulu m'envoler légère, vers toi, telle une plume libre de tout emmerdement. Je sais que j'en ai trop pris, toi, peut-être pas assez, j'ai eu des expériences par le passé pas dorées à l'or fin, c'est sans doute ça qui fais que je suis ainsi maintenant. Aujourd’hui quand la nausée et la terreur grimpent comme une envie de vomir, j'essaie de penser à ceux qui m’aiment comme ça. Imparfaite. J'essaie de croire que malgré tout ça marchera, qu'on esquivera le blizzard qui me poursuis depuis mes années mortes. A force le monde se vide et oui c'est vrai tout se vide autour et on se demande pourquoi, comme si on ne le savait pas. De toute manière à la question pourquoi on sait très bien qu'il ne faut jamais répondre sinon on ne comprendrait même pas ce qu'on fait ensemble, pourquoi on continue à écrire un roman baclé, absurde, à quatre mains qui se tiennent, qui s'empoignent, qui aimeraient ne pas se quitter, mais les têtes, elles, elles ne sont pas d'accord et elles s'inventent des excuses à des kilomètres pour partir, partir toujours plus loin pour poursuivre une liberté qui n'existe même pas. Je sais que je peut te faire peur parfois quand dans ma tête ça galope comme ça à pein régime mais j'y peut rien j'espère que tu le comprends, ça se contrôle pas, c'est la frénésie qui me pousse à faire des trucs pas nets, et tu me regarderas d'un air ébahi faire des choses bizarres dans un mouvement halucinatoire, sans trop saisir comment on peut en arriver jusque là.
Et même si un jour je m'ennuyais, si tu partais je devrais te retrouver. Je ne pourrais jamais aussi bien m'ennuyer avec un autre
mercredi 2 octobre 2013
Les nuits froides du bout de la France
On a parlé de beaucoup de choses et je n'ai pas tout retenu, mais j'ai retrouvé les plus belles heures de ma vie dans ton sourire qui me racontait l'été, la mer, les nuits entières passées à reconstruire le monde sans qu'il n'en sache rien, la douceur de nos rires dans l'éclat des vagues et les folies qui nous prenaient. J'avais essayé d'apprendre à sourire comme ça. On avait tous les deux ouvert le champagne pour fêter mon échec sur toute la ligne qui marquait le début de quelque chose de nouveau. Il faut dire que j'avais sacrément merdé sur ce coup là, c'était à peu près le point culminant d'une série de débâcles qui me hantaient depuis tellement longtemps. Ce jour là j'ai pleuré , car essuyer un échec n'est jamais agréable, tenons le nous pour dit, mais quelque chose comme deux heures après je n'y pensais plus. Voilà c'était fini, j'avais tout raté. Maintenant c'était soit aller se noyer dans la mer soit aller jouer avec les enfants sur la plage, parce que tout ce qu'il me restait c'était leur sourire. On veut pas vieillir, ça aussi c'est toi qui me l'as dit. Parce qu'être adulte c'est nul, on essaie d'y remédier, même si toi t'as déjà une ride et des cheveux blancs. Tu me racontait des histoires incroyables, on voyageait partout en ouvrant la fenêtre, je n'ai jamais autant rêvé. Après t'es parti sans laisser aucune trace. Je n'ai pas résisté. J'ai essayé de continuer à vivre comme j'avais appris de toi, en espérant que le vent te porterai quelque part ou tu serais bien et moi de même. J'aurais jamais pensé en être ici aujourd'hui. C'est en partie grâce à toi tout ça, ma nouvelle vie et toutes ces chances. Quand tu m'as dit "on se reverra" j'en ai pas cru un seul mot et pourtant un an et demi après c'est toi que je vois tous les jours. C'est ton rire qui rythme les après-midis. Nos discussions qui me tiennent éveillée le soir. J'ai accompli beaucoup de chemin en un an et demi. J'ai grandi, j'ai connu de grandes peines, et vu se briser beaucoup d'espoir, je n'ai pas accompli grand chose de bien, mais j'ai essayé de rester intègre et de mériter tout le bonheur que j'ai pu recevoir par ailleurs. Celui d'avoir vécu, d'avoir connu ce que c'est que de se lever le matin en en ayant envie. J'ai tenté de me tracer une trajectoire avec laquelle tu aurais été d'accord. Pour autant t'es loin d'être un mec parfait mais t'es pas comme les autres. Je pense qu'on se reconnait un peu l'un dans l'autre parce qu'on est tous les deux paumés même si on est pas pareils mais qu'on tente de mener notre kayak quand même en plein milieu du lac. Sauf que moi, être perdue ça m'angoisse alors que toi ça commence à t'user. Je sais qu'un jour je me lèverai et tu ne seras plus là, sans avoir prévenu, comme d'habitude. Un jour t'auras une femme et des gosses et tu rentreras dans le droit chemin, et moi je serais toujours une gamine en plein dans la débrouille. Tu me parles déjà comme un papa alors que t'es presque un frère, tu me fais des morales pendant des heures, c'est vrai que je suis une gosse mais je fais ce que je peux pour apprendre le plus vite possible. Ca prend du temps de comprendre ses erreurs et d'arriver à la ténacité de ceux qui tentent de marcher droit. Parvenir à se mettre des oeillères pour ne pas détruire tout ce qu'on tente maladroitement de construire. Je te jure que j'essaie et je vais même jusqu'à faire des projets, mais quand tu me demandes pourquoi ça se passerai pas bien je te réponds qu'il y a toujours une marge d'erreur à la quelle on ne peut pas faire grand chose à part essayer de la diminuer au maximum. Je sais pas combien de temps ça va durer cette histoire, ni comment ça va se terminer, ni si on va continuer à marcher ensemble longtemps, mais c'est pas très important. Je sais que dans les nuits froides du bout de la France, sur une route que j'ai tracé par hasard, j'ai trouvé un vrai ami.
dimanche 22 septembre 2013
Les chansons du dimanche
Nouvelle saison, reprendre la route après de belles vacances, espérer que ça se passe bien, qu'on saura rester droit et assumer les choix qu'on a fait quoi qu'il arrive, profiter de ces heures de la jeunesse, du temps qui passe à une vitesse affolante, se rappeler qu'on était très loin d'en être là il y a quelques mois et continuer à se battre pour des idées auxquelles on croit sincèrement. Parfois avoir le choix entre faire un pas en avant ou tourner le dos et s'en aller, souvent préférer fuir, les choses s'améliorent petit à petit, prouver que tout ce qu'on a fait en valait la peine et qu'on a eu raison de le faire.
jeudi 19 septembre 2013
Conversation de gens soucieux
Prends une chaise et assieds toi. Raconte moi. Tu peut parler avec moi tu sais. Raconte moi tes nuits dehors quand tu as peur et que tu as froid, sous la pluie, seule dans le noir et rien au monde pour te garder un peu d'espoir, juste la pensée que demain est un autre jour. Raconte moi la galère, les après-midi passés au Pole Emploi, au CCAS; les rendez-vous avec les assistantes sociales, les psychiatres et autres conseillers, les journées à attendre sur un banc que le temps s'écoule un peu, les fiches de paie, les attestations de domicile, la carte vitale qui ne fonctionne plus, le découvert impossible à rembourser. Raconte moi ou en sont tes rêves, toutes ces grandes choses que tu voulais faire, tes espérances les plus folles, les plus bancales, ou tu en es de la route que tu comptais te tracer avec ta liberté et toutes les belles valeurs que tu portais à bout de bras. C'est sur que tout n'es pas allé comme tu voulais, ça s'est un peu cassé la gueule en chemin mais tu vas sans doute te relever, c'est possible, en tout cas moi j'y crois. Tu peut pas tout plaquer à chaque fois que tes rêves se fissurent, tu l'as compris maintenant, enfin c'est ce que tu essaies de montrer. Ne lache pas prise, tu peut y parvenir si tu y crois, si tu y crois comme moi. Moi j'ai confiance, ça va bien se passer même si la route est longue, même s'il faut s'accrocher. Raconte moi comment c'était quand tu étais heureuse, ces moments d'harmonie ou on ne voyait que ton sourire à l'horizon, abrités de la malchance et de tout ce qui enferme. Tu sais que ça recommencera, on sera à nouveau bien, sans faire semblant, et tu pourras sourire très très longtemps. Raconte moi tes angoisses qu'on les chasse au loin, qu'on exorcise les démons et soigne tes peines les plus amères et tes cicatrices les plus douloureuses. Parle mo de ce qui te fait douter et te donne envie de fuir, ce qui te pousse à prendre de la drogue quotidiennement pour te faire penser à autre chose, faire passer les minutes pls vite, s'endormir plus rapidement, tard le soir ou tôt le matin, quand tu trouves enfin un lit. Mais c'est pas ça la solution, tu le sais mais tu essaies de l'ignorer, tu as l'impression de soigner le mal par le mal, et d'autres pensées abstraites, tu te laisses percher sur un nombre de choses absolument incaculable, ça va trop vite dans ta tête, trop souvent tu paniques pour des trucs tous bêtes et quand tu t'expliques c'est confus. Quand t'es dans la rue, tu croises des gens "biens" en polo et jean propre, un sourire discret aux lèvres, des gens qui ont sans doute un crédit et une voiture à leur nom, des revenus stables, des enfants en école de commerce, l'air heureux même s'ils ne le sont pas forcément. Un bonheur tranquille et préconçu qui baigne leur quotidiens malgré les quelques maux qui les agitent. Tu te demande pourquoi t'es pas comme eux. Pourquoi t'es pas sage et jolie, cultivée, avec un appart et de bonnes études, un poisson rouge et de gentils amis. Pourquoi toi tu as mal tourné, tu as fait de ta vie une lutte permanente contre les croques-morts silencieux qui t'entourent, te surveillent en permanence. Ils ont volés l'âme de tes meilleurs amis, de tes compagnons de route sans qui tu tente de continuer ton chemin malgré tout. Raconte moi comme il est long ce chemin, comme tu t'y sens seule parfois. Comme tu aimerais qu'il pense à toi parfois de son appartement au chaud, dans sa jolie vie bien rangée qui n'avait pas de place pour toi. Raconte moi comme parfois c'est dur et qu'il te manque, même si tu retiens ces souvenirs comme étant les plus belles choses que tu as pu connaitre. Comme tu es heureuse d'avoir pu connaitre au moins une fois de se coucher à côté de quelqu'un que l'on aime, se réveiller en pleine nuit pour se dire rout ce qu'on ne raconte pas le jour, de te cacher à l'écart d'un monde qui te terrorise quelques instants avant de repartir au combat. Tu sais que peut-être tu ne le retrouveras jamais car tu as placé ta liberté au dessus de tout ce pour lequel tu peut te battre. A la fin des hostilités, tu retourneras en territoire de paix, mais il sera sans doute trop tard. Mais moi je suis là et je ne te lacherai pas. Tu ne seras plus jamais seule.
mercredi 11 septembre 2013
Mirages
Je me fous de ton passé. Ce que tu as pu faire avant, les boulets que tu peut trainer, les filles que tu as aimé, les conneries que tu as dites, les personnes qui t'ont rendu heureux, les coups que tu as tirés, tes échecs, tes victoires, tes cris de joie, tes larmes, tout ça n'existe plus ou est sans importance.
Seules comptent tes cicatrice sur les miennes le soir venu. Des mirages dans nos nuits blanches nous autorisent à nous recevoir, nos sacrifices s'effacent en nous laissant les traits tirés. Tels que nous sommes devant le miroir. On est pas si fiers de ce qu'on est mais on s'en fout parce qu'on est plus seuls. On est ensembles. Dans nos regards on sent qu'on s'inquiète moins, qu'on est moins en guerre avec nous mêmes, que ça s'agite moins dans nos encéphales.
Dans le fond il faut se dire que ça peut arriver, même à nous. On a eu cette chance de parvenir à figer le bonheur pendant un temps ensemble, alors qu'on avait toujours l'habitude de tout foirer. Un moment d'harmonie au dessus du vide qui nous attends bientôt. Dans mes cernes ils croient lire que j'en chie mais ils ne comprennent pas qu'être aussi heureux ça épuise. Rire à en ébrecher les murs, faire du vélo dans la nuit, le bruit et les lumières, chercher les autres pour partager notre douceur. Oui, on s'est cachés, c'était possible, loin de tout ce qui tourne et qui rend fou, tout ce qui nous bouffe. On a construit quelque chose de splendide et d'éphémère.
Il va bientôt être temps que je rentre, que je reprenne la route. Fuir à nouveau quand la situation commence à m'échapper et que les événements me dépassent. Déjà quand t'es pas là, que tu me laisses pendant des heures je sens bien qu'il y a un truc qui va pas, ça commence à bouillir dans ma tête, à aller dans tous les sens. On parle peu, pour éviter de se raccrocher à nos mots, sachant que déjà nos maux nous rongent assez de manière générale. Mais je tacherai d'être paisible. Je vais reprendre les choses là ou je les ai laissées. Essayer d'expliquer plus ou moins ce qui s'est passé.
Ca se termine comme ça a existé, on ne sait pas trop pourquoi, mais le temps nous porte et nous pousse à partir dans un calme absolu. Sans éclat de verre, sans mots d'amour. Un "au revoir" sur le quai de la gare, des souvenirs de cette vie qu'on a réussi à rendre tellement belle, un dernier verre, on se tourne le dos et on part en voyage des valises sous les yeux. On s'en retourne à nos chevaux de batailles, la solitude, le travail et le spleen silencieux.
lundi 5 août 2013
Ouvrir la porte sans bruit
Je ne veut plus
De tes paroles vides de sens
De tes défauts de présence
Tout juste en post-adolescence
Dans ton absence en permanence
Je vois que j'ai grandi
Les matins ou je me lève
Sans avoir assez dormi
Pour aller affronter
Le brouillard aux lèvres
La salve des inconquis
Sans espoirs ni rêves
Ceux dans lesquels bout la sève
Des révolutions meurtries
Je ne veut pas
Te prendre pour un con
d'un retour en arrière
Je n'ai pas l'ambition
De franchir ces barrières
Quand on pourrait seulement
Ouvrir la porte sans bruit
Observer l'avancement des ans
Sur nos visages sans mépris
S'avancer doucement
Essayant de ne pas froisser autrui
S'aimer un peu enfin
A corps et à cri
Quand s’emmêleraient nos mains
Telle la vie qui nous lie
Je voudrais simplement
Dans le silence des nuits
M'endormir tranquillement
Dans le creux de ton lit
Entre toi et le ciel
T'imaginer en paix
En un songe iréel
En toute humanité
Te retrouver heureux
Nous découvrir sereins
S'aimer, mais en mieux,
Continuer le chemin
Un peu moins vite mais mieux,
Et tellement plus loin.
mardi 30 juillet 2013
La lettre à Elise
| "La muerta es una calle sin salida" - La mort est une rue sans sortie. |
" Tu nous entends la mort ? Est ce que tu nous entends ? Si oui, saches que déjà, on a pas peur de toi. On t'as déjà vu de très très près, on sait à quoi tu ressembles avec ta sale gueule de cadavre et tes griffes gigantesques qui essaient de nous tirer vers toi dès qu'on a un instant de faiblesse. Mais c'est pas parce que tu nous fait pas peur que tu peut pas aller te faire enculer bien profond, t'entends ? Parce qu'on a pas besoin de toi, ni aujourd'hui, ni plus tard, parce qu'on sait que parfois tu préviens pas avant de débarquer mais là c'est pas pareil, t'as pas le droit d'être là, de nous prendre, de nous emmener, t'as pas le droit de faire ça. De nous voler notre jeunesse. Parce qu'on est des gamines encore. Parce qu'on l'a pas mérité ce qui nous arrive. Parce que c'est pas de notre faute.
Mais tu sais quoi, vas te faire foutre la mort, on veut pas de toi, tu peut aller te faire voir ailleurs, très loin, chez les vieux, les miséreux, ceux qui n'ont plus que leurs cheveux blancs et l'attente de crever tranquillement dans tes bras. Alors perds pas trop ton temps avec nous, parce que même si tu nous as beaucoup affaiblies, avec tes copines l'angoisse et la dépression, on ne baissera pas la tête une nouvelle fois encore, on ne se laissera plus faire si facilement. Alors oui c'est vrai, encore une fois on va devoir tout reprendre à la case départ, mais nous on a ce truc que toi t'as pas, qui s'appelle l'espoir et qui vas nous permettre de continuer la bagarre encore longtemps. Faut qu'on te dise quand même, tu fais chier la mort, tu fais chier, parce que sans toi et tous les trucs ignobles que tu impliques, on avait tout, tout pour être heureuses. Mais on le sera à nouveau, j'en suis certaine. Quand on t'aura enfin déglingué définitivement, quand on t'aura sorti de nos têtes, quand on aura rattrapé la vie que tu essaies de nous voler. Des fois on a envie de te gueuler dessus, de te hurler, de te crier, mais enfin, pourquoi tu t'acharnes sur nous, sale pute ? Tu crois pas que tu fais déjà assez de mal comme ça ? C'est ça ton kiff, ton trip, c'est ça qui te fait prendre ton pied ? Tuer impunément, comme ça, des gosses perdues qu'ont rien demandé, des âmes perdues qui tentent juste de retrouver un peu de sérénité. Mais promis juré, on se laissera pas faire. C'est fini maintenant les conneries. On te le redis une dernière fois: tu peut aller te faire foutre. De nos cendres nous renaîtrons, et si derrière toi tu laisses des plaines et des ruines dévastées, sur celles ci se dresseront de vaste champs d'amour et d'espoir. "
Parce que j'ai rencontré la vraie Elise de la lettre et c'était sans doute la plus belle et la plus triste personne de la terre.
La Lettre à Elise- Beethoven
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