| N.O. avril |
Il était un peu tard, déjà, le soleil se couchait. J'ai tout laissé en plan, dans la grande maison trop vide, et je suis partie. J'ai escaladé le portail et j'ai marché jusqu'à la plage. Il faisait froid, j'avais chaud, tout était inondé de la lumière du soir. J'ai traversé la dune au hasard jusqu'à être lasse, et je me suis étendue dans le sable. J'ai fumé deux ou trois joints, bu un peu de whisky. Tout allait si bien et si mal en même temps.
Je me suis déshabillée, mise à nu devant la mer, mère de tous et épouse de tant d'hommes. Les femmes n'aiment pas la mer qui trop souvent leur vole leurs maris et noie leurs enfants. Elle est trop belle, bien plus belle qu'une femme qui vieillit, s'aigri, et voit le temps passer. Elle est belle, orageuse et ses larmes sont douces et amères. Les miennes coulaient doucement devant ce spectacle puissant, inchangé des vagues qui s'abattent sur la grève. J'étais seule sur la plage et minuscule. Je m'en voulais d'être si petite. Je pleurais de rage et d'impuissance, et je déversais ma colère dans le sable.
J'ai marché jusqu'à l'eau, et sans m'arrêter me suis enfoncée jusqu'aux épaules. Les vagues étaient furieuses de cette intrusion et tentaient de me repousser sur la plage. J'ai nagé au travers des rouleaux et me suis laissée emporter. Plus rien ne comptait. J'ai bu la tasse à pleins poumons. Dans ma chute j'ai heurté le sable et mes vieilles plaies se sont rouvertes. Brutales. J'ai perdu connaissance en pleine mer. Mon dernier souvenir est la vue de mon sang qui se confondait avec le reflet rougeoyant du soleil. J'ai laché prise.
Quand je me suis réveillée, il faisait nuit noire. Les vagues m'ont déposées sur le sable, au pied de la dune, et la mer s'est retirée. Il faisait froid. Au début j'ai cru que j'étais morte, mais malheureusement j'étais bien vivante, celà se sentait à la façon dont j'avais mal. La mer m'avait délaissée, je n'avais plus rien à faire là. Je suis rentrée. J'ai désinfecté mes cicatrices avec du whisky et j'ai bu le reste de la bouteille. A la fenêtre, l'air était doux.
Je jette un oeil au téléphone, à la boite aux lettres: toujours pas de nouvelles.
A quoi bon.
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