| Fuite (shitty quality, sry) |
Mes cours sont trempés. C'est pas des blagues, ma sacoche a gelé, sans me demander mon avis, et la flotte s'est déversé sur mon pc et sur tous mes dessins dans la relative chaleur du RER. Des heures de boulot foutus en l'air par un peu d'eau. Mes traits de crayons ont bavés, les feuilles blanches se sont déchirées, il ne reste plus rien de mes inspirations de la veille. J'ai le seum. Comme si la journée n'avait pas assez mal commencé comme ça.
D'ailleurs elle n'a pas commencé. Elle n'est que la suite des emmerdes de la veille car je n'ai pas dormi. Ou d'ailleurs non, j'aurais préféré ne pas dormir, j'aurais sans doute été moins fatiguée qu'après ces horribles cauchemars. Je réfléchit de jour comme de nuit, et je me réveille en sursaut après avoir vécu encore plus de choses dans mon sommeil que dans mes pénibles déambulations dans Paris. Mon lit devient un champ de bataille, la douleur me perfore le ventre, mon matelas est rouge sang et je suis en retard.
Je voudrais mettre ma tete sur ton épaule, mais je suis seule. Ce matin dans ma chambre, noire, je manque de concentration pour la journée, et l'air de revenir d'un camp. Oui parce que j'ai rêvé de toi. Moi qui me plaignait de ne pas, ne pas t'avoir avec moi la nuit. Noé meurt. Je suis entourée de chevaux, alors que je les évite depuis des mois. Que de mauvais souvenirs. Mon ancien empire. Mes vieux soldats. Des équidés, comme vous et moi, des êtres sans coeurs, sans âmes, sans forme et sans gout; évoquants des souvenirs sanglants et terrifiants. Et toi sur ce muret, en travers mes démons, derrière des murs de préjugés, je suis à la fois dominante et dominée, et je vois dans tes yeux : ce Mépris tant redouté. A la frontière du dégout, tu te tiens face à moi, et sans un mot me dédaigne, m'envoie retourner à mes passions mortes et non pas enterrées mais sans doute brulées à la sortie du camion de l'équarisseur. Tu me renvoies méchamment à la figure toute cette terreur, ma gerbe, mes larmes et ma peur, datant d'il y a six mois, peut-être huit.
Je me retrouve seule, dans le monde des adultes, tu m'as arraché mon enfance et là je ne sais plus à qui je m'adresse, quel être j'appelle "tu", si je parle au passé ou au présent, à mes larmes anciennes ou celles de maintenant. Vos deux personnes se confondent jusqu'à se noyer l'une dans l'autre, à jouer à celui qui m'effraiera le plus. Une association de cons, voilà ce que c'est. Une guerre passive. Petit à petit je me vide et t'appartient. Car il ne reste plus rien de moi, je me suis déversée entre mon matelas et mes draps, et tu prends ma place, ta part de mon existence, et tout reccomence comme avant, l'absence lente, la peine, la douleur, la frustration, la haine et le manque.
"Et dans toute la puissance de notre inagélité, on n'a que cela d'égal ce droit à la vie", K.O. par le prof de philo qui m'achève avec ses paroles. Ses mots. Ces mots. Mes maux. Mon rat pisse sur mon jean et meurt dans mon rêve, tandis que mon enfant me coule entre les jambes, et lui je ne le pense pas. Je le refoule dans un coin de ma tête et je sers les dents, je ravale la morve, ramasse une clope pas trop usagée par terre et je remballe mes idées torves, je crache ma bile au sol et lève les yeux au ciel. Ne me fait pas rire, tu ferais craquer le masque. Je ne suis pas malheureuse, je suis triste. Mais c'est un secret.
"Le génie est toujours un peu borderline" M.Soubirou
Gabrielle-se-noit
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