"L'apparence n'est rien, c'est au fond du coeur qu'est la plaie" Euripide

jeudi 9 mai 2013

La noblesse de l'échec



Pas ou peu d'étoiles ce soir, l'espoir, comme le coeur, en bandoulière, et quatre whisky-coca qui virevoltent allègrement dans mes veines. C'est ce qu'il faut pour garder le cap parfois, quand certains démons du passé retrouvent nos traces alors qu'on était persuadés d'être bien cachés. Je pensais être partie depuis assez longtemps et assez loin, après tout ça faisait deux ans. Deux ans c'est long, il s'en est passées des choses depuis. Je garde bien à l'esprit qu'à l'époque j'étais jeune, trop jeune pour voir fleurir les chrysanthèmes sur une tombe que je n'étais pas prête à creuser. 
J'ai commencé petite, je suis pour ainsi dire née à cheval. Bien avant l'alcool j'ai très vite été entrainée par l'ivresse de l'équitation. Sans savoir que pas à pas je dressais mon chemin de croix parmi des âmes esseulées, fuyantes. Dans la relation à l'animal j'ai trouvé du confort et de la paix pour mon esprit désillusionné par la manière dont se tissent les relations humaines. C'est vrai qu'on a été tellement déçus, nous qui attendions tant de la vie. On s'est vite rendu compte de beaucoup de choses, de comment les gens étaient des chiens hypocrites qui ouvraient rarement les bras par exemple. Je ne sais pas pour les autres, mais je me rappelle que j'ai beaucoup cherché, tenté de trouver une issue dans les impasses ou je me trouvais, mais c'était impossible; parce que personne ne pouvait comprendre. Tant de fois j'ai cru que je ne serais jamais bien que là haut, sur le dos de mon cheval, au grand galop dans les champs ou sur un terrain de pony-games, fous de liberté qu'on était. On arrivait plus à se satisfaire de rien, et pendant des années on a continué comme ça, à plein régime. 
Au final, j'ai conscience que rien ne m'a fait autant souffrir que ce que je considérais comme mon salut. Les chevaux, ces animaux imprévisibles, fragiles comme un souffle, ces putes. Je traine mes chimères à ma cheville, autrefois miracles, aujourd'hui cauchemar. J'ai vu se détruire des paradis sous mes yeux. J'ai gravi des montagnes pour les redescendre en totale chute libre. J'ai échoué durement, puis j'ai baissé les bras. Quand on m'a retiré les chevaux, non seulement j'ai arrêté de marcher droit mais je n'ai plus marché tout court, car mon coeur était trop lourd sans aide pour le porter. Il m'a fallu deux ans pou m'en remettre. Aujourd'hui cela me pèse encore. Isidore, Kiss et Kelly, autant de plaies qui ne sont pas pansées et encore moins pensées, à cause ou grâce au temps qui coule dessus lentement. C'est très difficile d'assumer l'échec, encore plus de voir disparaître nos compagnons d'aventures. C'est certains qu'ils pèsent bien plus lourd dans mon coeur que dans le camion de l’équarrisseur, recouverts par une bâche pour ne pas choquer les enfants, les yeux éteints et le regard torve, les membres raides, un filet de sang s'écoulant de la bouche et des naseaux. Comment s'en remettre quand on a rien d'autre? Jai choisi de faire comme si rien n'avait jamais existé et je considère encore que c'était la meilleure chose à faire. Puisque les Hommes ne sont que des bons à rien, et que les chevaux sont trop faillibles face à la vie. 
Voilà quelques mois que tout revient à moi par bribes, alors que j'avais bien pris soin d'effacer mes souvenirs les plus durs. La mort de Kelly a marqué pour moi la fin d'une époque, la fin d'un monde dont je n'étais plus prète à tenir les murs en attendant qu'ils s'effondrent sur moi. Peut-être ya t-il une certaine noblesse à échouer, parce que pour ça, encore faut-il lacher prise. J'ai laché quinze ans de ma vie en un instant, sur un coup de fil, parce qu'en quelques minutes, la vie qui me raccrochait à l'espoir s'est éteinte, et je me suis retrouvée perdue dans l'obscurité, sans lanterne ni repères, puisque je n'avais rien ni personne. J'ai trébuché entre temps. J'ai du reconstruire un monde autour de moi. Mais il est difficile de revenir en arrière, de se refaire l'accéléré des événements. Kelly est morte et j'ai assisté à ça les bras ballants, sans me battre parce que j'étais malade à l'idée de la perdre. Dans ma fuite à l'annonce du décès j'ai perdu les personnes qui m'étaient les plus chères, qui aujourd'hui sans doute tressaillent juste en entendant mon nom. Aucune ne m'a rappelée. J'ai pété les plombs et j'ai pris peur. Je n'ai jamais réussi à pardonner au chevaux. 
L'espoir est revenu, mais jamais la passion. Le savoir est resté, mais il ne vaut rien sans motivation. Avec les enfants, j'ai repris gout à vivre et je m'éveille lentement, je réapprend les hommes et aujourd'hui, c'est moi la "monitrice", celle au milieu de la carrière, qu'à mon époque on respectait tellement. Pourquoi j'ai accepté ce poste ? Les frayeurs me reviennent lentement. Kelly et Isidore galopent sans cesse dans mon esprit et ne me permettent plus de répit. Il parait qu'un jour on sera guéri complètement. Il parait. 



Petit Prince


Ma plus merveilleuse déception, mon plus magnifique échec







mardi 7 mai 2013

Un monde à part




J'ai fui. J'ai fui les nuits obscures et la tristesse, j'ai pris mes cliques et les claques que je n'aurais pas du prendre et je me suis cassée sans demander mon reste. Je suis partie loin de la frénésie, loin de Paris qui rend fou, qui assourdit et qui chavire, délire et empire sans fin, loin des mauvaises natures, des vicieux, des demeurés, des fous. J'ai tout quitté, sans dire au revoir à personne, sans rien chercher de particulier. J'ai pris mon courage à deux mains, je n'en avais que deux, ainsi que la fuite en avant vers un avenir meilleur. Imaginez vous un endroit sans hypocrisie ou l'on vit au rythme des enfants et des animaux. Un lieu ou le jour se lève heureux et continue ainsi. A part le soleil, il n'y a rien au dessus de nos têtes, et on s'aime et, on vit, bon Dieu on se sent VIVANTS. Les nuits à la belle étoile, les galopades dans les prés, l'amour et l'espoir qui découlent de partout, les barbecue entre copains, et la fin de la haine, du mauvais sang, des souvenirs tristes, de la misère, du règne impitoyable de la drogue et de l'alcool, parce qu'on a plus besoin de tout ça quand on est heureux. On est de grands enfants, on se satisfait de peu. Mais c'est déjà tellement quand on se rend compte que la seule vraie différence entre nous et les mômes c'est que eux n'ont pas le droit de se lever dans le car.
C'est déjà une révolution d'avoir trouvé la paix quand on y croyait plus. J'ai compris qu'on ne changerait pas le monde en détruisant le leur, pourri jusqu'à la racine, mais en construisant le notre, en marge du reste. Plus rien ne peut m'atteindre. Je suis libre comme l'air. Je vous encourage à trouver votre voie et à la suivre, peu importe les embardées que cela implique. Travailleurs à bas salaires mais au grand coeur, car ça n'a pas de prix d'être aussi heureux. Noé ne me suis plus sur ma route mais je sais qu'il y aurait été bien, aujourd'hui Léon fait également son petit bout de chemin en tant que compagnon d'aventure. Je ne m'excuserai pas d'être partie comme une connasse car je sais que les gens qui m'aiment me comprennent. Il y en a peu cependant. Je ne donnerai pas de nouvelles, je n'appellerai pas. J'ai laissé le malheur très loin, et je vous invite à venir voir à quoi ca ressemble de l'autre coté de la barrière, je vous propose de gouter à la liberté. Sainte liberté.





vendredi 12 avril 2013

Adieu








Adieu mon désormais petit ange. Une semaine déjà nous sépare. Depuis ton départ je traine dans la solitude car je ne peut pas me résigner à ce que leurs mots salissent ce moment. Jamais deux sans trois, tu m'as fait de grosses frayeurs et la dernière était la bonne, maintenant plus jamais je ne verrais tes jolis yeux ronds, fous de découvrir ce monde de brute, si grand et impitoyable malgré toute ton innocence et ta gentillesse à revendre. Malgré ta petite taille tu m'as accompagné mieux que quiconque à travers mes plus grandes joies et mes plus immenses peines de ces deux dernières années. Tu as vu mon père me rouer de coups dans les escaliers, mes fugues à répétitions et mes angoisses terrifiantes la nuit, tu m'a accompagné à toutes mes colos, meilleur ami des gamins et mon meilleur collègue, fidèle au poste, infaillible et plein de générosité. J'étais folle de toi et je t'ai pourri gaté, je t'ai aimé comme personne, parce que plusieurs fois je me suis retrouvé sans rien, et dans ces moments là tu étais toujours présent. Je t'ai chéri comme on chérit un enfant, je t'ai présenté à tout le monde, famille, amis, ennemis et même à des gens que je connais pas. Tu as été mon nouveau monde quand l'ancien se délitait, mon frère quand les miens me tournaient le dos, mon espoir et ma paix quand la guerre faisait rage. Je t'ai porté partout, dans mon sac ou contre ma poitrine, nourri à la main toutes ces fois ou tu refusait de boire ou de manger, j'ai dépensé des semaines de salaires chez le vétérinaire et passé des nuits entières à ton chevet quand tu luttais contre les tumeurs. En deux ans, je me suis séparé de toi plus d'une semaine seulement à deux reprises chèrement payées pour mon moral. Tu étais notre idole, notre mascotte, moi sans toi ça n'existait pas, on était deux, aussi insignifiants cela soit-il face à 7 milliards de connards déchainés. Tu as été mon premier et trop souvent unique compagnon de galère. Tu as survécu à tellement de choses, avoir bu de l'eau de vie, mangé des barrettes de shit ou une demie tablette de chocolat, tes tumeurs qui ont failli t'emporter, c'est indécent de te retrouver sans vie sur le sol de ta cage avec Léon auprès de toi, fou de malheur d'avoir lui aussi perdu son meilleur ami. Tout est devenu triste et fade, sans gout, bête et abruti, moche du sol au plafond, gris comme le ciel de nos mauvais jours, malheureux, ingrat, raté, graisseux, déprimé, redondant et j'en passe. Tu es mort, sans un bruit, sans prévenir personne, et j'ai eu beau hurler, me mettre en colère puis me recroqueviller en pleurant comme un sourd, rien n'y a fait. J'ai ressenti la violence à l'état brut, celle des sentiments perdus. Je suis ruinée, au fond du trou comme je l'ai jamais été. Je passe mes journées à mal dormir et à me cacher de tout, ça me donne des sueurs froides de me lever le matin, d'ouvrir les yeux dans une réalité qui ne me convient absolument pas. Je n'ai pas de moyen de fuir, à pat définitivement. Foutre le feu à notre ancien paradis, et rester à l'intérieur, me jeter d'un pont, m'acheter un flingue. Le sommeil regorge de grandes embardées, de nausées acides qui nous font convulser des yeux en pleine nuit. Partir oui, j'y ai pensé. J'abandonne le peu qu'il reste, et je m'en retourne à mes premières amours, les enfants. Mais sans toi pour me réparer le soir après les brulures des réunions, les journées de 18 heures harrassantes, et du mal du pays, comment je vais y arriver ?  Sans ancrage, sans raison de me battre? Je fuis vers un avenir incertain, qui ne sera sans doute pas pire que quand tu étais là, mais dans lequel je serais seule à combattre. Je t'aime Noé. Tout n'est que souffrance depuis que tu m'as quitté. Dieu te garde.



lundi 8 avril 2013

Mon ami, mon céladon, cher pianiste





Eclairés par le lustre de la salle Rameau
La pédale dorée sous tes baskets en cuir
Assis à la manière russe derrière le piano
Grace auquel tu te hasardes à nous faire sourire
Ton auditoire imaginaire se tient silencieux
Et je brade mon avenir dans un soupir respectueux
De chacune de tes notes comme de chacun de tes souffles
Comme chaque fois que tu pianotes je me sens au bord du gouffre
Tel un fantôme je m’éloigne des miroirs qui me rappellent mon existence
Dans une pièce ou seuls l'espoir et la musique font présence, 
Je perds patience
Tes ongles usés par la résine cherchent la fuite sur le clavier
Quand tu joues tête baissée, les idées en conflit, 
Les gestes saccadés, comme esquivant l'hérésie, 
Quand l'hystérie me guette mais que tu mène la danse
Devant l'assemblée muette en attendant la sentance
Qui serait selon moi de lever les yeux de l'instrument et se remettre en piste
D'Agir enfin au lieu d'écrire des comptines pour les oreilles égoïstes
Recoudre nos sales gueules qui ont pris les tempêtes
Nous décharger du poids amer de nos précédentes défaites
Et réunir nos colères pour n'en former qu'une seule
Reprendre ce qu'ils nous doivent sans leur demander ce qu'ils veulent
Partir à la révolte hurler contre ce monde de merde
Avant qu'ils nous attrapent entre le ciel bleu et l'averse
Loin du piano, loin des autres et loin du bon Dieu
Reconstruire une terre ou l'on pourrait mourir vieux
Se regarder en face mais ne pas se la voiler
 Et retourner à nos places la nuit sous le ciel étoilé
Mon ami, mon céladon, cher pianiste,
Recherche toujours la paix et surtout ne deviens pas triste
Dans ce monde pourri ils ont tant besoin de ton rire.



dimanche 7 avril 2013

Aujourd'hui ne sera pas pire qu'hier



 





On est le 7 avril, 3 jours ont passés depuis la mort de Noé. Je suis désespérée, je vous avoue que ça ne va pas fort. La douleur est terrifiante et il est difficile d'y remédier. Tout a perdu de son gout, de sa saveur. Je préfère rester seule devant mes feuilles blanches, à essayer de rejouer le film dans ma tête et de trouver une autre échappatoire. C'est arrivé trop brutalement et à un moment ou je n'étais pas capable d'affronter ça, un moment ou j'avais trop besoin de lui. Et je me sens seule, mais seule, et pourtant tellement entourée... C'est trop dur, beaucoup trop dur.

Ca ira mieux, mais je ne vois pas comment et je ne vois certainement pas quand. C'est la chose la plus triste qui me sois arrivée depuis longtemps. Vivre c'est devenu lutter contre tout, et c'est la torture pour sortir la tête de l'eau. Après la vie continue. Il ne faut pas se laisser couler, ne pas se laisser entrainer par les flots de larmes. Pouvoir continuer à se regarder dans le miroir.




jeudi 4 avril 2013

4 avril 2013




-Gabrielle? Cest moi. S'il te plait rapelle moi dés que tu as ce message. J'aimerais avoir de tes nouvelles, je suis inquiet. Je suis effondré. Je t'aime.
-Gabou, on a apris pour Noé, on pense tous très fort à toi, tiens le coup, garde courage ma grande. Bisous.
-Ca me fait pas rire Gab, sérieux appelle moi, ou es tu, que fais tu? J'aimerais tellement pouvoir être avec toi en ce moment même.
-Tu veux venir prendre un café à la maison?
-Ouais allo, t'es pas toute seule au moins ? Reste pas dehors surtout, c'est pas pour toi ça. Vas te mettre au chaud, appelle tes copains, je te rejoins plus tard.
-Gabrielle je t'ai cherché partout, je deviens fou, dis moi ou tu es pour que je puisse te rejoindre s'il te plait.

J'ai hurlé pendant quelques minutes, j'ai pris mon manteau et je suis partie, J'ai du revenir prendre mes clés. Je suis partie en laissant les portes ouvertes, en hurlant, en gémissant et en pleurant. J'avais mal au genou à cause de mon entorse et c'était dur de marcher mais je n'y pensais pas, j'avancais sous la pluie, c'était dur. Je ne voyais plus le sens de tout ça, et il y avait ces hurlements dans ma tête, et les miens qui couvraient le bruit des voitures qui roulaient à cent à l'heure et qui s'en foutaient que je pleure et que je crie et c'était pas plus mal. C'était pire que pas mal d'autres choses horribles que j'avais pu connaitre jusqu'à maintenant. C'était pire que ne pas avoir de drogue, avoir un plan cul qui part en cacahuète ou que de se casser le bras. C'était une douleur comme seul l'amour peut faire si mal, mon empire qui s'effondrait en inertie, j'étais terrifiée. Il pleuvait un déluge et je continuais de remonter l'avenue en boitant, sur mes joues se mélaient les gouttes de pluie, les larmes, la bave et la morve, tout ce qui pouvait sortir de mon visage, une tristesse infinie et tellement de peine. Plus je pleurais, plus j'avançais vite et je m'éloignais de mon ancien paradis, désormais déchu, je fuyais son cadavre et ma nouvelle solitude, et j'avais peur, tellement peur que tout ça me rattrape trop vite, sans que j'ai le temps de voir venir les fantômes qui allaient désormais me poursuivre. Et ça faisait mal, oh mon Dieu ça faisait tellement mal d'être aussi malheureuse. J'ai marché tant que j'avais des larmes, plusieurs kilomètres sous la pluie à attendre de me calmer, de pouvoir à nouveau tenter de maitriser en parallèle mes gestes et mes tristes pensées. Ca faisait vraiment mal à en crever, c'était très impressionant de souffrir comme ça même si je savais pertinemment que je vivais une de mes premières grandes peines, quand l'on ne sait pas encore ce que c'est  de souffrir horriblement et d'y survivre. C'était vraiment douloureux. Mon genou m'a laché et j'ai cessé de pleurer. Je me suis assise sur un banc, pris ma tête dans mes mains, allumé un joint qui trainait dans ma poche. Ca faisait très bizarre d'être confronté à la mort à nouveau, surtout dans ces circonstances et ces conditions. Continuer à respirer et tenter de s'affranchir de mes peurs pour voir un peu plus loin que les débris de verre et de stupeur. Je traversais mille états d'ame à la seconde. Que reste t-il à faire désormais sinon prier pour les gens que j'aime encore, les quelques uns qui me restent, et tenter de marcher droit? Tenter de consumer ma vie moins vite et moins trainer dans les gares le midi. Réparer les torts. Essayer d'endiguer ce sentiment profond d'impuissance, de tristesse et de nullité.
J'ai toujours les mains écartées, prète à rattraper des chances qui ne tomberont plus, et accuser le coup, ce constat terrible d'abandon, par mon compagnon de route depuis deux ans, Noé.


mardi 2 avril 2013

Question contemporaine



Tout a commencé par une décision, l'histoire ne nous dit pas encore si elle est bonne ou mauvaise. Suite à celle ci s'en suivent des événements, heureux et malheureux parce qu'il faut de tout pour faire un monde moyen, ni trop pourri, ni trop bien parce que sinon les gens seraient contents et ça, ça n'existe pas. Une décision, donc, à la suite de laquelle on prépare ses bagages pour les poser ailleurs, dans un monde ou l'on peut changer de vie et de réinventer une fois par semaine. Attention au dédoublement de personnalité qui guette dangereusement entre la "fausse vie", quand on pars loin de chez nous mais qu'au final ça représente les 3/4 de notre temps, et la "vraie vie", qui dure disons deux week-end par mois. On part à l'aventure, sac au dos, on lache son joint pour s'ouvrir un peu l'esprit, on se déleste des soucis du quotidien, de la paperasse, des dettes, de l'ennui des jours gris de Paris, certes... Mais au retour ils nous attendent de pied ferme. Ou seraient-ils passés? Même si on prend bien soin de ne pas les mettre dans nos valises, ils se font une joie de nous rappeler leur existence dès le pas de la porte franchis. Et sur qui se reposer à ce moment là ? Nos vieux amis de toujours, que l'on abandonne désormais quasiment en permanence? Ou les autres, ceux que l'on rencontre au gré des vents, que l'on connait une semaine, voire deux, très vite et très fort puisque l'intensité rapproche, mais dont on se sépare tout aussi rapidement puisque personne ne nous demande notre avis ? Parce que c'est ça aussi de voguer sans jamais s'ammarer. On vit constamment dans a rencontre mais également dans la séparation, et chaque jour que Dieu fait, on se fend d'au revoirs parfois anodins, mais pour la plupart troublants. On se retrouve tout à coup à devoir tourner des pages certes brèves mais à une vitesse incroyable alors qu'on ne parvient pas à faire le point sur celles de notre lourd passé, plein de cadavres dans le placard. Parfois à aller trop vite on arrache ces pages mais qu'importe puisque l'on vit dans un éternel recommencement? Certains se permettent de faire n'importe quoi comme de tromper l'amour pour des mains baladeuses sans savoir qu'en réalité c'est l'inverse qui se prépare. L'amour de la route et des kilomètres, de la liberté, de l'indépendance, du changement perpétuel, et toutes nos peurs qui se contrebalançent entre celles qui disent oui, celles qui disent non, la peur de partir, la peur de rester, la peur de voir les choses se casser la gueule, la peur de l'échec quand on connait déjà la peur du jeu, et vient l'espoir qui se fait la malle avec ses potes le courage et la clairvoyance. Et on se retrouve au milieu d'une ancienne vie désuette, dont on nous a volé les meubles, on y entre par un grand coup d'épaule dans la porte branlante et on retrouve ses souvenirs posés les uns à côtés des autres recouverts d'une sale couche de poussière et d'amertume. C'est ça de se tailler sans laisser d'adresse ni donner de nouvelles à personne. On est bien loin d'avoir tenté de détruire pour tout reconstruire, on a juste essayé de vivre au maximum, sans prendre de responsabilités aucune, et tout est détruit derrière, mais il n'y a rien à construire devant.


Et moi dans tout ça, au fils des nuits blanches passées auprès des enfants, des vomissures qui nous salissent, des cicatrices à recoudre, sans fil et sans aiguille, de ma mère qui n'en ferme pas l'oeil, des gens que j'aime qui ne parviennent plus à me suivre, de l'infini que je laisse derrière moi à chaque départ pour le peu que je récupère à mon arrivée, tourmentée par mille choses extrêmement noires qui profitent des temps obscures du changement... Assoupie par la défonce, d'un coup je relève la tête et je gueule : "J'ai soif de la vie, que je reparte encore..."



lundi 18 mars 2013

Il n'y a pas d'age pour les courageux




C'était le soir de mon dernier jour de colo, la dernière nuit ou je couchais les filles avant le retour à Paris, loin des nuits étoilées, des après-midi sur les pistes et des gouters dégueu fournis par le centre. L'une d'elle m'avait demandé un peu plus tôt : "Est ce que vous les animateurs vous êtes tristes quand vous partez de colo et vous quittez les enfants ?". Je lui ai répondu en rigolant ce que je répond a chaque fois : "Bien sur que non, on a hate de ne plus vous voir !". Mais ce n'était pas tout et je les aimais bien ces mômes, gamines trop maquillées le soir de la Boom, sapées comme des grandes mais pas capables de se souvenir de mettre une culotte sous leur combi si je ne le rappelle pas ou de se laver les dents après manger des bonbons et non pas avant. Je me suis assise sur une chaise au milieu de leur chambre, leur huit petites têtes dépassaient de leurs lits superposés, et je leur ai parlé un certain temps, comme si elles m'écoutaient et me comprenaient, en parlant assez fort pour celles du fond mais assez doucement pour qu'elles s'apaisent au son de ma voix...
-Demain c'est la fin de la colo. On va rentrer chez nous à Paris, vous aller retourner à l'école, nous on va retourner au travail ou en cours. Ca ne va pas être facile pour nous non plus. On aimerai bien rester encore un peu. On fait beaucoup de colos par ans, c'est même le métier de certains. Chaque enfant nous apporte à sa manière quelque chose de différent et de particulier qu'il nous ai fait chier ou non. Chaque enfant est un mystère pour l'adulte qui souhaite s'ouvrir à lui. On aimerai pouvoir se souvenir de chaque enfant et de ce qu'il nous a appris mais il y en a trop. La mémoire, c'est un vrai problème, on n'arrive pas à se rappeler de tout ce qu'on voudrait alors que parfois on ne parvient jamais à oublier ce qu'on aimerait effacer. Vous êtes encore jeunes et vous êtes des filles futées. J'ai aimé passer cette semaine avec vous. J'espère que tout tournera bien dans vos petites têtes et que vous arriverez à comprendre que quelque chose ne va pas dans ce monde et qu'il nous faut à tout pris le changer. Les gens aimeraient bien que l'on marche droit mais il est important de rester intègre par rapport à ce qu'on pense et ce que l'on respecte. Je sais que certaines se souviendront encore de moi dans longtemps car vous vous avez encore de la mémoire et les idées larges, et j'espère vous laisser un bon souvenir et quelque chose qui vous encouragera à continuer quoi qu'il arrive. Il n'y a pas d'age pour les courageux. Ne grandissez pas trop vite, vous n'en avez pas besoin.
Le soir même, j'ai roulé en boule mes affaires dans ma valise, j'ai préparé mon arrivée à la maison et je me suis mis une cuite au rhum. On ne choisit pas toujours les moyens les plus simples d'en arriver là ou on veut.


jeudi 14 mars 2013

Jusqu'ici tout va bien



On part tous les deux, toi en prison moi en classes de découverte. On s'échappe de force dans un autre monde qui ne nous correspond pas tout à fait. Mais on ne nous laisse pas le choix, la loi, la vie c'est comme ça. J'en ai eu les larmes aux yeux. Tu es hors la loi ou jeune c'est à peu près la même chose. Si en me faisant faire mes colos on me laisse emmener mon rat et fumer un joint en haut de la montagne le jour de mon congé. On tente d'oublier qui on est. Il n'y a plus une once de rêve dans tout ce qu'on fait, quand on se lève pour défendre son directeur ou quand on se bouge le matin avant l'heure du réveil pour vomir de la  bile. On essaie d'insufler le droit chemin à des mômes mais nous même on en est pas tellement surs. Changer de vie, nous donner une nouvelle impulsion, partir ailleurs voir si l'herbe y est plus verte ou le ciel plus bleu. Si on nous accueille moi et Noé, petits travailleurs à bas salaires et au grand coeur. Eleves de l'éducation populaire qui n'est pas à vendre. Grandir est un choix, on a décidé de tracer notre route main dans la main avec des mômes. Dans les rêves que l'on embrasse lorsque nous sommes au bord du suicide. Peut être que la mort fait moins peur si l'on ferme les yeux très fort au moment du crash. Jusqu'ici tout va bien.


dimanche 10 mars 2013

Un peu de bonheur





 Un petit chaton, une colo improbable, des lunettes pikachu, des chiens de traineau, un grand singe, de la sculpture sur drogue, Noé x1000, des sourires xxl, de l'amour à revendre, mon minou, une team de malade, de la neige à profusion, des rêves de liberté et d'ailleurs, d'autre choses que les cours et de plus humain que nos quotidiens actuels.




vendredi 22 février 2013

And even in hell, hope will rise again












Quelques images, ça faisait longtemps... Beaucoup de bonheur dans ces clichés, des rires, de l'amour et des poils de chat... Tout le monde devrait connaitre ça au moins une fois.


mardi 19 février 2013

Je reviens d'un endroit ou les minutes passent comme des heures.



Je reviens d'un endroit ou les minutes passent comme des heures. J'ai passé trop de temps dans cette salle sombre et puant la pisse. On y arrive par un parking qui est en fait la cour d'un beau bâtiment ancien. On passe par une porte discrète menant sur un couloir gris meublé exclusivement de deux cages superposées, à peine de la contenance d'une berger allemand couché. Une gamelle recouverte de rouille est posé sur le sol à l'odeur d'urine. Palace destiné à de vaillants chiens dressés depuis leur plus jeune age à enrayer les crimes. Belle avenir et belle reconnaissance pour ceux qui n'ont rien demandés.
La pièce au bout du couloir est carrée, grise et sale. Une des portes est percée de plusieurs grands trous, dont un d'environ 60 cm à hauteur de coups de pieds, comme si l'on en avait criblée. De toute manière tout dans cet endroit tout semble abîmé et en mauvais état. Un micro-ondes désuet trone au dessus d'une poubelle remplie à ras-bord. A sa gauche, un grand meuble à tiroirs contenants des effets divers : argent liquide, cigarettes, foulards, lunettes, lacets de chaussure. Devant lui se trouve un grand bureau en bois derrière lequel se relaient une ou deux personnes boursouflées d'orgueil dans des uniformes tranchant avec l'insalubrité du lieu. Même le plafond est ravagé, strié sur toute sa surface de ce qui évoque des griffures. Je suis assise sur un banc en bois, adossée contre un mur qui pleure. Des menottes rouillées pendent tristement à un anneau, se balancent dans le vide. Dans les déambulations permanentes, personne ne me dit bonjour ni même ne me voit. J'entends des hurlements dans la pièce d'à côté, de gens séparés de moi par une porte de couloir et une porte de cellule, et trois verrous sur chacune. Ils se parlent entre eux, réveillant ceux qui essaient de dormir malgré le froid, devant réclamer pour être accompagné aux toilettes ou pour obtenir un verre d'eau. En passant devant leurs cellules aux parois transparentes, l'un d'eux me demande :
-T'es là pour quoi, toi ?
Je baisse les yeux et ne répond pas. Il ne le sait sans doute pas, mais même de là ou il est, il a de la chance. Les heures passées dans la pièces des matons n'étaient qu'un préambule à mon Enfer. On m'emmène dans un autre couloir, dans une cellule différente des autres. Je suis encerclés entre 4 murs solides ne disposant d'aucun accès à la lumière. Une petite fenêtre à hauteur de visage perce tout de même la porte mais elle est calfeutrée de l'extérieur. Je suis plongé dans l'obscurité totale. Dans la pièce, des chiottes à la turque sans chasse d'eau ni papier, et un monticule de béton froid tenant place de banc. Les bruits sourds provenant de l'extérieur et ceux de mon crane cognant contre la porte blindée quand je suis devenu fou. Les battements de mon coeur s'égrenent lentement. Plus rien n'existe et je suis seul. Pour moi c'est une éternité qui a commencé.    Un long exil au sein de mon esprit dévasté sans aucune échappatoire pour fuir. Dans le noir, sans possibilité d'évasion, l'être humain est livré à lui même. A ce stade là, il ne reste que deux choix, l'introspection ou la négation. Les deux peuvent être fatale.
On a fini par me faire sortir un jour. On m'a rendu mes affaires et ma pseudo-liberté. Ils m'ont fait signé des papiers et dit combien de temps j'avais passé dans cette cellule fermée mais cela n'a pas fait sens, j'ai perdu toute notion du temps. Ils m'ont dit qu'ils s'étaient trompés, que ça aurait du être quelqu'un d'autre à ma place dans cette cellule pendant tous ces jours sans voir le soleil et toutes ces nuits sans dormir. Je n'étais qu'une simple erreur de parcours. En sortant de l'immeuble j'ai voulu allumer une cigarette et je me suis effondré sur le sol en sanglots. Personne ne m'a relevé.
Une personne est venu me chercher, avant c'était un ami, aujourd'hui c'était juste quelqu'un. Et moi même, qui suis je ? C'est indécent à quel point plus rien n'a de sens. Ces arbres qui défilent à 90 à l'heure sur le bord de la route, mon visage maigre, triste et fatigué dans le rétroviseur, ces lampadaires qui éclairent un paysage sans intêrét... Pourquoi on est là ? Dans cette voiture, dans cette direction, à faire ceci plutôt que cela ou encore autre chose. Comment se fait-il qu'on vive ce genre de vie ? Ces néons lumineux qui percent les pupilles, ces sirènes de police et ces uniformes qui empêchent de dormir, la haine véhiculée par les politiciens et les médias dans laquelle on s'embourbe un peu plus chaque jour, ces médicaments qu'on gobe impunément pour ne pas voir tout ce qu'on construit sur des fondations rongées par l'aigreur des siècles, mes panneaux publicitaires hurlant leurs mensonges à la planète entière...



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La garde à vue (GAV) est une mesure décidée par les policiers, « sous le contrôle » du procureur ou du juge d’instruction en cas d’instruction. Les policiers peuvent mettre en garde à vue une personne contre laquelle existent « une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu’elle a commis ou tenté de commettre une infraction » (art. 63 et 77 du CPP). Les « raisons plausibles » sont des termes suffisamment vagues pour permettre aux policiers de placer qui ils veulent en garde à vue.

Les conditions d’une garde à vue peuvent varier considérablement. La loi ne précise pas comment les personnes gardées à vue doivent être nourries, de quels temps de repos elles peuvent bénéficier, ni de la manière dont doivent être aménagées les cellules. La circulaire Sarkozy du 11 mars 2003 donne pour consigne de distribuer des plats chauds aux heures des repas.

La garde à vue provoque une déstabilisation qui permet d'exercer une pression psychologique (parfois physique) sur les personnes. Pour « faire parler », les policiers bluffent souvent. Ils peuvent mentir sur tout : sur ce qu’ils savent ou ne savent pas, sur les preuves qu’ils pourraient détenir, sur les dénonciations, sur ce que l’on risque pénalement, sur la suite de la procédure... La pression des policiers peut se faire sentir à tout moment pendant la garde à vue : le but est de faire craquer les suspects pendant les auditions.

Le CICNS a pu noter, au fil des témoignages recueillis, que les membres de minorités spirituelles vivaient un véritable traumatisme dans ces situations brutales. La disproportion entre les moyens utilisés par les forces de l'ordre et la réalité quotidienne des victimes de ces assauts produit des chocs aux effets secondaires persistants. Les services de police ou de gendarmerie sont préparés à rencontrer des terroristes et des criminels alors qu'ils ont devant eux des personnes inoffensives et pacifiques. Ce décalage, conséquence directe de la désinformation et de la chasse aux sorcières, est à l'origine de nombreux excès dramatiques.