Il y a des jours ou tout est difficile. Se lever, manger, se laver, les gestes simples du quotidien, affronter le regard des autres, vaciller. J'ai 18 ans aujourd'hui et depuis quelques mois déjà. Le temps passe à la vitesse d'un cheval au galop. Il nous coule entre les doigts, comme nos larmes, salées, assez nombreuses pour nous noyer dans un océan. Il y a des jours ou même avoir 18 ans est difficile, et pourtant ça on y peut rien. Ca arrive à des gens très biens d'avoir 18 ans, de même que se lever, affronter le regard des autres et tout ce qui s'en suis. Chanceler certaines fois. Ca peut arriver oui, même à des gens sains de corps et d'esprit. De ceux qui ne se foutent pas des pertes civiles. 18 ans, sèche tes larmes, ça passera un jour ou l'autre, dans un an, ou moins, ou je ne sais pas, ça dépendra sans doute du traitement. De ces jours ou même prendre les médicaments est difficile. Compter les pilules, le temps entre les prises, compter les heures, les rendez-vous chez le médecin, les jours, les années. 18 ans, 2 ans de cachets.
Je pince les doigts nerveusement, la cendre tombe sur ma feuille désespérément blanche. Pourtant on avait tout prévu, de la weed, du fric, des clopes, des feuilles, du rhum, des fringues, de la bouffe pour le rat, des chewing-gums, et moi, inlassablement, mes carnets de notes et mes stylos. Mais quand il faut vivre, ça ne suffit pas de prévoir. Non, parce que c'est imprévisible la vie, ça te prend comme ça, et tu n'y peut rien, tu respires, tu bois, tu fumes, tu vis et puis voilà. Et tu peut bien pleurer, ça n'est jamais qu'une preuve en plus que tu es bien vivant et que personne ne t'as demandé ton avis pour ça.
"T'es qu'une petite pute doublée d'une grosse salope, et en plus t'es une enfant de garce." - Ce sont tes derniers mots de toi à moi, ce sont ceux que je retiendrai. Prononcés en rigolant, ils se sont profondément ancrés dans mon coeur jusqu'à le faire saigner à torrent. Des fois on part pour mieux revenir et des fois on part pour toujours. Mais quand on part on ne peut pas d'ores et déjà savoir si on va être amené à se retourner. Moi je croyais que je ne t'aimais plus, oh comme le temps est trompeur. Ca devait sans doute être un jour ou aimer m'étais difficile. Au début, dans nos jeunes années, je me suis imposée en disant que je t'aimerais toute ta vie. J'en suis sortie en te disant que c'était fini, sans appel. Et maintenant je me retrouve le cul entre deux chaises, parce qu'il faut faire des choix, c'est une convenance, comme tant d'autre choses... Et on aimerai bien se le dire qu'on s'aime encore, se jeter dans les bras l'un de l'autre et se dévorer, comme le chagrin nous a dévoré, et te laisser essuyer mes larmes qui t'appartiennent... Mais quand quelqu'un d'autre s'acharne corps et âme à me faire retrouver le sourire, parce que pour lui j'en vaut la peine, alors qu'à tes yeux je suis fautive, il ne me reste que ma tour d'ivoire et ma feuille blanche pour m'installer au dessus de tout ça, au dessus de vous tous, et admirer les dégats irréparables que j'ai commis en quelques minutes simplement avec des mots, alors qu'il aurait pu s'agir en fait d'une guerre nucléaire.
L'Amour est une machine à tout foutre en l'air.
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